Mahāmāyā ( महा माया )

La « Grande Māyā  », ou Māyā divine.

Selon le point de vue, les connaissances, le degré de perception :

  • le pouvoir divin / la magie qui permet l’impossible : que l’un soit perçu comme multiple (ce qui est fondamentalement une illusion), qu’une attirance pour le multiple illusoire se développe dans les êtres (Mahāmāyā est ‘la trompeuse suprême’)
  • la déesse qui possède ce pouvoir (dans la tradition la māyā est toujours attribuée à l’aspect féminin du divin)
  • Durga
  • l’Être suprême

Dans le Devi Mahatmya, Mahāmāyā est présentée comme un des aspects de l’Être suprême : Durga.

La réalisation (mukti) lève le voile de māyā : l’illusion est dissipée, le multiple est de nouveau perçu comme un.

Toutefois, il est très souvent indiqué dans la tradition que cette réalisation ne peut, précisément, pas s’atteindre sans la grâce, sans l’approbation, de la déesse Mahāmāyā (voir par exemple les récits des parcours spirituels d’Adi Shankara et de Totapuri tel que rapporté par Swami Nikhilananda dans son introduction du Gospel of Sri Ramakrishna).

Il faut aussi noter que dans la tradition ce pouvoir trompeur n’est pas nécessairement perçu comme négatif, notamment par les fidèles du shaktisme ou par les dévots d’aspects féminins du divin. Mais ce point de vue n’est que très difficilement accessible à un raisonnement logique. Ramakrishna, qui était un dévot de Kali, s’était exprimé sur ces questions.

Dans son récit Sree Sree Digambar Baba: A Memoir, Monika Mitra rapporte la façon dont un maître de l’Advaita Vedānta (et probablement un jñāna yogi accompli) – Jagadguru Śrī Chandraśekharendra Sarasvatī – expose sa compréhension de la nature de la māyā :

« Nous, non dualistes, regardons la māyā comme l’apparence non-existante de la réalité. Laissez-moi vous donner un exemple.
Disons qu’un confiseur réalise des jouets en sucre en forme de fruits et les colore de manière appropriée. Des enfants, les voyant, pourraient les confondre avec de vrais fruits. Cette connaissance n’est pas une véritable connaissance. En grandissant, ils comprendront qu’il s’agit de jouets en sucre, et non de véritables fruits.
Ainsi en est-il de la māyā. Le Brahman suprême est réel. L’univers tout entier, dans la multiplicité de ses formes n’est rien d’autre que Brahman. Aussi longtemps que la māyā a prise sur notre conscience, la réalité apparait comme multiple. Quand la véritable connaissance est atteinte, le multiple disparait.
Il est à la fois possible de dire que la māyā existe, et de dire qu’elle n’existe pas. On peut la comparer au zéro. Le zéro en lui-même a une valeur nulle, et pourtant on ne peut pas réellement dire qu’il n’a absolument aucune valeur. Écrit seul, il n’a aucune valeur numérique. Mais associé à un autre chiffre, il change la valeur de celui-ci. La māyā est ainsi quelque chose de similaire au zéro.  »

Il est ainsi frappant de noter que, même pour un tel maître de l’Advaita Vedānta, rejetant fondamentalement toute dualité comme illusoire et erronée, le māyā peut être perçue comme n’étant pas ‘absolument rien’.