Être suprême

Ma Anada Moyi, sur la nature incompréhensible de l’Être suprême pour l’intellect et sur son caractère inobservable tant que la perception n’est pas absolue (expliquant pourquoi Il se révèle avant cela sous différents aspects – sans attributs ou sous une infinité d’aspects avec attributs) :

« Ce que vous appelez tour à tour Bhagavan, Majesté divine, gloire ou splendeur, n’est que Lui, l’Un. C’est entendu, Dieu est immuable, Il est le non agissant puisqu’il n’agit pas. Seul celui qui s’engage dans l’action peut être qualifié d’auteur de l’action. Puisqu’Il est présent dans toute cause et dans tout effet, comment peut-on dire de Lui qu’Il en est maître ou qu’Il n’en est pas maître ? Ainsi Il est ici sans action. Mais là où est sa Maya, c’est-à-dire là où on perçoit le jeu de Son pouvoir divin, là où la nature évolue selon des règles fixes, qui se manifeste ? L’Un naturellement. Muable et immuable – ces concepts partiels que vous avez relèvent du voile de l’ignorance. Vous parlez de Lui comme auteur ou non-auteur, essayant ainsi de Le limiter à l’un ou l’autre rôle. De votre point de vue il est tout à fait normal de percevoir des différences. Il est tout ce que vous voulez qu’Il soit ; vous Le voyez selon votre façon de penser, et Il est ce que représente le portrait que vous vous faites de Lui. »

« Aussi longtemps que subsiste le rideau, le voile de l’ignorance, l’homme ne peut voir et entendre qu’avec ces restrictions. Tant que ce qui obscurcit n’est pas retiré, comment peut-on s’attendre à ce que la révélation de la Vérité s’opère dans sa totalité ? Lorsque le voile se déchire, on découvre que même le fait de déchirer le voile, et en fait tout ce qui existe ou arrive n’importe où, n’est que Lui. »

Ma Anada Moyi, poursuivant, expose la conséquence de la nature de l’Être suprême sur la diversité des chemins que peut emprunter la voie de la dévotion (bhakti yoga) pour se diriger vers Lui :

« Ainsi, les innombrables croyances et sectes visent le même but : qu’Il puisse Se donner Lui-même par des moyens différents – chacun d’eux a sa beauté propre – et que l’on puisse découvrir Son immanence, qu’Il se révèle Lui-même par des voies sans nombre, sous toutes les formes et dans le sans-forme. Étant Lui-même le Chemin, Il attire chaque personne sur une voie particulière, en harmonie avec les dispositions et tendances intérieures de chacun. L’Un est présent dans chaque secte quand bien même dans certains cas des conflits s’élèvent entre ces sectes à cause des limitations de l’ego. Ce corps-ci [Ma Anada Moyi se désigne elle-même par cette expression] toutefois n’exclut rien. Celui qui s’adonne à une croyance ou adhère à une croyance particulière doit continuer de monter jusqu’au point où il comprend dans son être tout ce qu’elle peut lui donner. Lorsque vous avancez sur un chemin, en d’autres termes lorsque vous adhérez à une religion particulière, foi ou croyance que vous considérez comme distincte de toutes les autres et opposée à elles, il vous faut avant tout parvenir à la perfection prescrite par son fondateur ; alors, ce qui est au-delà se révélera de lui-même à vous. »

(Il faut noter que Ma Anada Moyi adapte ici probablement son discours à une personne d’une culture extérieure à l’hindouisme, dans lequel il n’y a pas de notion de croyances mais au sein duquel certains pratiquent la dévotion, envers l’être divin de leur choix)